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"ECOUTE AU COQUILLAGE" ANDRE BRETON (1946)

Publié le par Jean Helfer

"ECOUTE AU COQUILLAGE" ANDRE BRETON (1946)

ECOUTE AU COQUILLAGE


Je n'avais pas commencé à te voir tu étais AUBE *

Rien n'était dévoilé
Toutes les barques se berçaient sur le rivage
Dénouant les faveurs (tu sais) de ces boîtes de dragées
Roses et blanches entre lesquelles ambule une navette d'argent
Et moi je t'ai nommé Aube en tremblant

Dix ans après
Je te retrouve dans la fleur tropicale
Qui s'ouvre à minuit
Un seul cristal de neige qui déborderait la coupe de tes deux mains
On l'appelle à la Martinique la fleur du bal
Elle et toi vous vous partagez le mystère de l'existence
Le premier grain de rosée devançant de loin tous les autres
follement irisé contenant tout

Je vois ce qui m'est caché à tout jamais
Quand tu dors dans la clairière de ton bras sous les papillons
de tes cheveux

Et quand tu renais du phénix de ta source
Dans la menthe de la mémoire
De la moire énigmatique de la ressemblance dans un miroir
sans fond
Tirant l'épingle de ce qu'on ne verra qu'une fois
Dans mon cœur toutes les ailes du milkweed
Frêtent ce que tu me dis

Tu portes une robe d'été que tu ne te connais pas
presque immatérielle elle est constellée en tous sens d'aimants
en fer à cheval d'un beau rouge minium à pieds bleus


André Breton
Sur mer, 1946

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